Il fait entendre les sourds et parler les muets

Prière du matin et commentaire de l’évangile du 28/02/2020

priere du matin évangile du 28/02/2020 sur gloire à dieu

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc,  Mc 7, 31-37

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr .

Passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.

Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.

Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :
« Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »

Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement.

Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient.

Extrêmement frappés, ils disaient :
« Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

Méditation Père Bernard Devert

Effata, dit l’homme de Nazareth ; ouvre-toi, prend le risque d’écouter pour entendre autrement afin de naître à l’inespéré. Qui peut rejeter une telle ouverture ?

Parler de ce qui nous habite, de cette parole intérieure, au lieu de répéter des mots qui sont si étrangers à nous-mêmes que nous ne savons plus qui nous sommes, jusqu’à nous plaindre des repères perdus.

« Ouvre-toi », dit le Christ, c’est-à-dire libère-toi de ce que tu possèdes et qui, finalement, te possède.

Maurice Zundel dit que Dieu ne peut pas se posséder, il ne s’atteint lui-même qu’en se communiquant ; c’est au fond de cette pauvreté divine que se situe la racine de l’incarnation.

Les disciples sont à la fois émerveillés, mais aussi déconcertés, et comment ne pas l’être tant ils sont, dans une première écoute, tentés de penser le Christ en terme de puissance. L’Effata va leur permettre d’entendre ce « craquement de l’âme », pour reprendre le mot si juste de Bernanos.

Craquement né des ruptures qui ouvrent l’homme au cœur de ses faiblesses, sans jamais le blesser, pour reconnaître la fragilité de Dieu.
Il y a de ces moments où seuls les regards cachés sont des regards qui rendent possible la rencontre dans cet Effata.
Là où les cœurs sont lézardés de peine, l’idée de Dieu est bien souvent lézardée. Au choc de la souffrance s’ajoute l’inévitable deuil des idées que nous avons sur Dieu.

C’est dans son livre « Mourir un peu » que Sylvie Germain parle alors d’un Dieu qui, au lieu d’être tout puissant, est un Dieu tout désirant. S’ouvrir à l’Effata, c’est précisément accueillir ce désir d’entendre autrement.

Le désir est l’éloge du manque. Veux-tu accepter de manquer, veux-tu accepter de devenir un être de désir pour advenir à ce que tu es ?

L’homme, au cœur de ses pauvretés et dans ses expériences de finitude, n’est-il pas conduit, dans une paradoxale solitude, à rechercher de nouveaux repères, nés de ses déplacements intérieurs, jamais étrangers à l’approche de la question du sens …. celle de Dieu.

Comment alors ne pas devenir silencieux pour quitter enfin le mutisme et découvrir, étonné, que l’homme, dans sa fragilité, est le sanctuaire du divin.

Effata ! Quelle ouverture !

Amen – gloire a dieu