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L’histoire du Mont Saint Michel dédié à l’archange Michel

Bretagne ou Normandie, le Mont Saint Michel est un lieu de mystères et de miracles

De tout temps le cône granitique de cent mètres de hauteur qui constitue la base du Mont Saint-Michel a été surmonté d’un temple et d’une forteresse. Les Gaulois, les Romains, les Francs, qui l’appelaient Mont Bélénus, ne firent que les transformer.

Au VIe siècle, à l’époque où la mer remplaçait graduellement la forêt, le Mont Bélénus prit le nom de Mons Tomba, ou Mont de la Tombe, et l’abbaye mérovingienne de Mandane y fut fondée.

C’est en 708 que saint Aubert, évêque d’Avranches, fit bâtir sur le Mont une modeste chapelle en forme de grotte, dédiée à l’archange saint Michel, et dès lors, l’île prit le nom de Mont Saint-Michel.

Douze chanoines y célébraient l’office divin, ayant, pour assurer leur subsistance, les seigneuries d’Huynes et de Genest. Le bruit s’étant répandu que de nombreux miracles se produisaient en cet endroit, les pèlerins y accoururent en foule, apportant aux chanoines leurs offrandes, qui servirent à développer les constructions de l’abbaye.

Les monarques ne dédaignèrent pas de suivre la foule et le Mont reçut la visite de Childebert II, de Charlemagne, de Robert-le-Diable, de saint Louis, Louis XI, François 1er, etc.

Les premières origines du bourg établi au pied du Mont remontent à la fin du IXe siècle. A cette époque, quelques habitants de la Neustrie occidentale que ravageaient les Normands, se réfugièrent au Mont pour échapper à leurs ennemis.

A la fin du Xe siècle, le pape Jean XIII, avec l’assentiment du roi Lothaire, et de Richard-sans-Peur, duc de Normandie, établit au Mont Saint-Michel les moines bénédictins du Mont-Cassin.
Parmi les abbés, presque tous hommes des plus remarquables, citons Bernard le Vénerable qui bâtit un prieuré trés fréquenté à Tombelaine, et Robert de Thorigny, un des grands constructeurs de l’abbaye. Car il semble que la principale préoccupation de tous ces hommes de talent ait été d’élever lentement à travers les siècles l’édifice que nous admirons aujourd’hui.

Aux XIe et XIIe siècles fut édifiée la première église, dont il reste encore aujourd’hui les transepts et quelques travées de la nef.

La Merveille, que Vauban considérait comme l’un des édifices les plus étonnants qui soient au monde, date de 1106-1123 ; mais elle fut détruite, et ce n’est qu’en 1203 que sa reconstruction fut entreprise par Jourdain.

Le magnifique cloître qui couronne la Merveille a été commencé par Thomas des Chambres (1225) et achevé par Raoul de Villedieu (1228).

Le Mont Saint-Michel, jusqu’à cette époque, n’avait pas de fortifications ; Raoul Tustin commença les anciens remparts dont il reste encore quelques vestiges et ses successeurs continuèrent son œuvre.

Sous la prélature de Guillaume du Château (1299), Bertrand du Guesclin vint s’établir dans l’île avec sa femme Tiphaine Raguenel.

Pendant le XIVe siècle, la foudre frappa plusieurs fois l’abbaye et y fit de grands dégâts, mais le zèle des abbés architectes ne fut pas ralenti par ces fléaux, et ils continuèrent leur œuvre magnifique.

Au XVe siècle, l’abbaye eut à soutenir des luttes contre les Anglais, qui étaient alors maîtres de toute la Normandie, et qui, de Tombelaine, d’Avranches et de Pontorson, attaquaient chaque jour le Mont Saint-Michel.

L’abbé Robert Jolivet lutta énergiquement et victorieusement contre eux de 1410 à 1420 ,il augmentait, entre deux combats, les défenses extérieures du Mont, à l’aide des ressources que lui fournissait Charles VI. Ce sont les remparts actuels. Par un revirement inexpliqué, il abandonna subitement la défense du Mont, se soumit aux Anglais et se retira à Rouen.

Son successeur, Jean Gonault (1444), sous lequel la guerre reprit avec plus de fureur, se signala également comme soldat. Bien loin d’imiter Jolivet, il empêcha plusieurs fois la chute de la forteresse.

Ce n’est qu’en 1450 que la paix fut établie et que l’abbaye fut délivrée de ses impitoyables ennemis.

Louis XI y institua, en 1469, l’Ordre de Saint-Michel.
A partir de 1523, les abbés du Mont Saint-Michel devinrent commendataires. Choisis parmi les évêques ou les cardinaux et ne résidant pas au Mont, ils se désintéressèrent généralement des travaux dont l’abbaye éprouvait le besoin. Il fallut un arrêt du Parlement de Rouen pour obliger François de Joyeuse à restaurer ces magnifiques monuments.

Pendant les guerres religieuses du XVIe siècle, l’abbé commendataire Arthur de Cossé (1570) défendit le Mont contre les protestants. Toutefois l’abbaye tomba plusieurs fois entre les mains de ces derniers, mais elle leur fut toujours reprise.

En 1622, les bénédictins de la congrégation de Saint-Maur furent installés au Mont Saint-Michel, et donnèrent un nouvel essor aux pèlerinages. Depuis de longues années, le Mont était prison d’Etat, et ses cachots regorgèrent de prisonniers sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV.

Pendant la régence de Philippe d’Orléans, le comte de Broglie, en 1721, obtint pour son frère la commende de l’abbaye en échange de six cents bouteilles de grand vin de Bourgogne. L’abbé de Broglie conserva sa charge jusqu’en 1766. Parmi les nombreux prisonniers qui peuplaient les cachots à cette époque, citons le poète Desroches et Victor de la Cassagne, plus connu sous le nom de Dubourg.

A la Révolution, les religieux furent dispersés, les prisonniers délivrés, et la plupart des manuscrits furent transportés au musée d’Avranches.

Le Monastère ne cessa pas d’être prison d’Etat, ce fut la Révolution qui y enferma ses ennemis. Napoléon Ier en fit une maison de correction.

Ces nouvelles appropriations furent très dommageables à l’œuvre architecturale des abbés du Mont. Bien des sculptures furent mutilées, des vitraux détruits, les plus belles salles obstruées par des cloisons, des planchers, sans le moindre souci de la conservation ou de la consolidation des murailles.

Aussi, en 1817, une partie de l’ancienne hôtellerie, servant de prison pour les femmes, s’écroula-t-elle avec fracas.
Pendant le règne de Louis-Philippe on entreprit quelques réparations, mais on continua à détériorer le monument en y entassant des prisonniers.
Ce fut à cette époque que les cachots reçurent des hommes politiques, comme Barbès, Blanqui, Raspail, etc.

Un décret en date du 20 octobre 1863 supprima la prison, et le Mont Saint-Michel devint propriété domaniale. Puis l’abbaye fut louée à l’évêque d’Avranches et de Coutances, qui obtint, en 1865, pour l’entretien du monument, un secours annuel de 20,000 francs payé sur la cassette de Napoléon III.

En 1872, le gouvernement fit préparer des projets de restauration du Mont Saint-Michel, et on procéda aux réparations les plus urgentes, entre autres à la consolidation des bâtiments du sud ouest qui menaçaient ruine (1873).

En 1874, un décret affecta l’abbaye au service des monuments historiques pour en assurer la conservation,t les travaux de restauration décidés furent commencés par M. Edouard Corroyer  et continués  par M. Petitgrand  deux architectes de grand talent.

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