Les exorcismes de Jésus dans les évangiles

Voir aussi: Toutes les prières de protection

Les évangiles racontent sept guérisons de possédés accomplies par Jésus:

Le démoniaque de la synagogue Mc 1,21-38 ; Lc 4,31-37
L’exorcisme de la belle-mère de Pierre Lc 4,38-39 (Mt 8,14-15 ; Mc 1,29-31)
Le démoniaque de Gadara Mc 5,1-20 ; Mt 8,28-34 ; Lc 8,26-29
La syro-phénicienne Mc 7,24-30 ; Mt 15,21-28
L’enfant possédé Mc 9,14-29 ; Mt 17,14-21 ; Lc 9,37-43
Le possédé muet (et aveugle) Mt 9,32-34 ; 12,22-24 ; (Lc 11,14-16)
La femme courbée à la synagogue Lc 13,11-13.

Un exorcisme opéré par Paul: la servante divinatrice Ac 16,16-24  et un qui se retourne contre ses auteurs: les sept fils du Grand-prêtre Scéva Ac 19,13-17

Jésus donne aux disciples le pouvoir d’exorciser (Mt 10,1 ; Ac 5,16 ; 8,7 ; 19,12).
Ils chassent beaucoup de démons (Mc 6,13 ; Lc 10,17-20) ; ce n’est pas un pouvoir magique, leur action est inefficace pour l’enfant épileptique, il fallait y ajouter le jeûne et la prière (Mc 9,29).

a) Bien que proches des guérisons, les exorcismes doivent être mis à part.
Cette distinction se trouve d’ailleurs dans les évangiles eux-mêmes: Mc 1,32: « malades et démoniaques » ; 1,34 : « il guérit de nombreux malades et il chassa de nombreux démons ».(Mc 3,10-11; 6,13; Lc 6,8-14; 13,32; 7,21.) Sans doute, la maladie est souvent attribuée à l’influence néfaste d’un démon, mais le démon agit « du dehors ».
Dans les cas de possession démoniaque, le démon agit « du dedans ».
Le guérisseur s’attaque aux dégâts causés par le démon, l’exorciste est confronté au démon lui-même.
Jésus prononce une injonction: « sors ! » ; il impose les mains ; il guérit à distance. Souvent le texte dit seulement que Jésus chasse le démon.

b) La détresse du démoniaque peut être caractérisée ainsi: la personne n’est plus maîtresse de son existence, elle n’est plus le sujet de ses pensées et de ses actes.
« Le possédé se tait, il a perdu sa voix, – mais le démon parle en grec ou dans quelque autre langue » (Lucien, auteur grec) (cf.
aussi Mc 5,6-9)
.
Non seulement le démon assujettit le possédé, mais il le pousse à la destruction physique: « Souvent l’esprit a jeté mon enfant dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr » (Mc 9,22).
L’exorcisme peut représenter aussi un danger mortel pour le possédé: le démon, obligé de céder la place, cherche à se venger sur sa victime.
« Le possédé s’effondra brusquement » (Josèphe, auteur juif).
« L’enfant devint comme mort, si bien que tous disaient: il est mort.  » (Mc 9,26).

c) L’exorcisme implique un combat contre le démon.
Le héros et le démon luttent ensemble, avec les mêmes moyens: tous deux ont une connaissance surnaturelle et disposent de forces surnaturelles. Ce combat est marqué par la violence: le démon l’exerce contre sa victime, le héros contre le démon (ex.
Mc 1,23-28: Jésus menace l’esprit impur – v.25 ; l’esprit secoue l’homme avec violence – v.26)
.
Le possédé est le champ de bataille où deux puissances cosmiques s’affrontent: celle de Satan, puissances des ténèbres, forces du mal, de la mort , et celle de Dieu, de la lumière, de la vie.
La bataille peut s’étendre d’ailleurs à la nature, dans laquelle la puissance destructrice des démons peut aussi s’exercer.

Dans le Nouveau Testament, le combat contre les démons a toujours pour enjeu l’homme, le moi humain.
Même en Marc 5,11-13, où les démons provoquent la destruction d’un troupeau de porcs, la libération de l’homme est au centre du récit.

d) Les phénomènes de possession démoniaque sont donc, au sens littéral, des aliénations: l’homme est devenu un étranger dans sa propre existence.
Ces aliénations sont liées à des conditions sociales et économiques qui oppriment l’homme au point de le réduire de plus en plus à l’impuissance devant des situations qui le dépassent, des événements qu’il ne comprend plus, des angoisses qu’il ne peut plus maîtriser.
De tels phénomènes ne relèvent pas sans autre de la psychiatrie. L’enfant possédé de Mc 9,14-29 serait peut-être aujourd’hui dans une clinique pour épileptiques mais le Nouveau Testament attribue les manifestations de son mal à des causes qui ne relèvent pas de la médecine: dans une situation de détresse sociale, de désarroi spirituel, de défaitisme politique, l’homme se sent de plus en plus étranger au monde.
Pour peu qu’il soit vulnérable (physiquement et moralement), il devient une proie facile pour les forces du chaos, les démons.
La réponse aux démons se trouve avant tout dans un combat spirituel, porté par la foi d’un homme et la vision claire d’un avenir nouveau.
Rien d’étonnant à ce que le christianisme naissant se soit trouvé aux avant-postes de ce combat.