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Les enfants sorciers de Kinshasa

Enfants victimes des forces du mal

A Kinshasa, de plus en plus d’enfants, accusés de sorcellerie par de proches parents sont renvoyés dans la rue. Le phénomène est encouragé par les églises dites de réveil qui foisonnent dans la capitale congolaise.

Les télé-évangélistes congolais sont formels: les enfants abandonnés, qui errent dans les rues de Kinshasa, vêtus de presque rien, ou avec des guenilles, sont ‘‘possédés’’, ‘‘envoutés’’. Selon les pasteurs propriétaires de ces télés, les gamins rachitiques dont certains ont des malformations physiques, sont malnutris et sales dans les rues des villes du pays portent en eux des ‘‘esprits malfaisants’’. La plupart ont été chassés des toits familiaux par leurs parents, qui les accusent de sorcellerie et d’attirer toutes sortes de malheurs à leurs familles.

Dans un pays qui compte plus de 40 chaînes de télévision dont près de la moitié appartiennent aux églises évangélistes  et plus de 200 stations de radio, il est difficile qu’un tel message ne passe pas. Une peur irraisonnée de ces enfants s’est alors installée dans l’esprit de la population. Des dizaines de milliers de garçons et de fillettes sont violentés. Beaucoup sont intimidés, privés de nourriture et torturés lors de cérémonies d’exorcisme orchestrées dans des églises de réveil par des pasteurs évangéliques qui pratiquent les sciences occultes et exploitent la croyance enracinée dans la population selon laquelle ‘‘le monde invisible existe réellement et qu’il est peuplé d’esprits nuisibles’’.

Dans les quartiers pauvres de la capitale congolaise où ces sectes naissent comme des champignons à chaque coin de rue, des milliers d’enfants sont ainsi accusés chaque jour de sorcellerie. Charles Bivula, chef de projet pour la protection à Save the Children (une ONG de protection de l’enfance), estime que dans la seule ville de Kinshasa, 80% des gamins des rues sont abandonnés pour cette raison.

Esther, 13 ans, enfant sorcier

Esther, 13 ans, est l’une de ces ‘‘enfants sorciers’’. Elle porte un body noir, une mini jupe bleue et des baskets de marque Nike usés, « don, dit-elle, d’un photographe blanc » croisé le long de la rivière Kalamu. ‘‘Ce sont mes seuls biens’’, explique l’enfant accompagnée de trois de ses camarades. Après d’infructueuses tentatives d’hébergement dans les différents centres d’accueil de la place, les rues nauséabondes de Matonge, le plus chaud et bruyant quartier de Kinshasa, sont sa résidence depuis qu’elle est partie du toit familial.

Son crime: avoir jeté un sort mortel à une de ses demi-sœurs. Mais, avant le décès de celle-ci, le petit frère et la petite sœur de sa marâtre avaient déjà commencé à la maltraiter. ‘‘Ils me laissaient des fois deux jours sans manger, se souvient Esther. Mes deux frères allaient à l’école, mais ils m’empêchaient d’y aller parce que, disaient-ils, j’étais une sorcière. Papa était parti en Angola. Ils ont arrêté de payer l’école pour moi’’.

A la mort de sa grand-mère, sa vie s’est transformée en enfer. ‘‘Un jour, ma marâtre s’est sentie mal au retour d’une veillée de prières de deux jours, raconte-t-elle. Elle faisait une crise d’estomac. Ses frères ont dit que je lui ai jeté un mauvais sort. Je ne comprenais rien de tout cela. Je niais mais personne ne voulait m’entendre. Ils ont continué à m’accuser. Un jour, mon petit frère s’est mis à me battre avec un fouet. En voulant m’échapper je me suis cognée contre l’encadrement de la porte et me suis blessée à la tête. Il m’a tirée vers lui et a continué à me frapper. J’ai eu très peur. J’ai réussi à lui échapper et me suis enfuie de la maison’’. Ce jour là, Esther avait 9 ans. Elle dit s’être réfugiée dans la rue pour ne plus ‘‘être battue’’. Elle ne connaît pas sa mère, ni ne sait rien d’elle. Cependant elle pense que si elle avait vécu avec sa ‘‘vraie mère’’, elle n’en serait pas là aujourd’hui.

Chasser les démons du corps des enfants…

A Kinshasa, la grande majorité des pasteurs évangéliques affirment qu’ils peuvent chasser les démons du corps de ces enfants. Bobo Makoka, la quarantaine révolue, pasteur de l’église Mission évangélique sur la brèche, est présenté par ses fidèles comme ‘‘le guerrier du Seigneur’’. En dix ans de ministère, l’homme dit avoir déjà ‘‘délivré’’ une vingtaine d’enfants ‘‘possédés’’ des griffes des ‘‘esprits malfaisants’’.

Ses méthodes d’exorcisme sont relativement douces : il n’a recours ni aux coups ni à la torture, ni même à un jeûne de plusieurs jours, mais soumet les enfants à la ‘‘cure d’âme’’: ‘‘J’écoute l’enfant et après je procède à la délivrance par des séances de prière’’, explique-t-il. ‘‘J’ai pour cette année 4 cas de petits enfants de 5, 7, 8 et 10 ans dont l’un a déjà trouvé solution, les trois autres sont en cours’’, confie le pasteur. Bobo soutient que le premier enfant avait ‘‘bloqué son père’’ qui ne trouvait pas du travail, mais quand le petit a été ‘‘délivré’’, le père a vite trouvé un emploi.

Selon lui, les gamins se transforment souvent en animaux la nuit. ‘‘Toi, en quoi t’es-tu changé?’’, demande-t-il à un des garçons. ‘‘En souris’’, répond-il. ‘‘Et toi ?’’, demande-t-il à un autre, ‘‘en serpent…’’.

‘‘Les enfants sorciers sont inconscients et sans pitié. Quand on leur demande de donner (tuer) leurs parents, ils n’hésitent pas. Voyez les enfants soldats, ils commettent les pires atrocités par rapport aux adultes !’’, explique Prospère Kodjo, adepte d’Ebale Mbonge, une secte célèbre à Kinshasa.

L’ONG Save the Children tente, en partenariat avec d’autres ONG locales réunies au sein du REEJER de faire un plaidoyer en faveur de ces gamins maltraités et de les rendre à leurs familles. ‘‘J’ai vu des enfants, entassés les uns sur les autres pendant plusieurs jours sous prétexte de les préparer pour leur délivrance’’, rapporte un éducateur social au REEJER.

Save the Children a réussi à réunifier à Kinshasa et à Mbuji-Mayi, environ 8.000 enfants en rupture avec leurs familles. Le hic, c’est qu’une solution est trouvée en aval, mais qu’en même temps en amont, de nouveaux enfants sont déversés chaque jour dans la rue.

Il ne reste aux enfants que l’espoir d’être protégés par la justice des mineurs encadrée par une loi de Protection de l’Enfant adoptée en 2009, notamment suite aux efforts de plaidoyer du BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance)

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