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Nostradamus, le prophète et la confiture

Des prophéties aux recettes de confiture

Quand on évoque Nostradamus, on pense davantage célèbre astrologue prophétique qu’à l’amateur de confitures mais, l’un n’empêche pas l’autre…

Nostradamus est surtout connu pour ses célèbres prophéties que l’on réédite régulièrement et que l’on réinterprète en les mettant au goût du jour.  Ce médecin  mélangeait les genres, de l’astrologie, alors encore considérée comme une science, à la médecine, et à la gastronomie, puisqu’on lui doit en 1555 un des premiers livres imprimés en français sur les confitures.

Il a fallu attendre le XVIe siècle pour que l’on écrive sur les confitures  car le sucre était un produit nouveau et cher qui ne commença à se répandre qu’à la Renaissance.

Le sucre ancien était issu de la canne à sucre originaire de la Nouvelle-Guinée. Il se répandit avant notre ère en Inde, où il fut découvert par les soldats d’Alexandre le Grand dans la vallée de l’Indus en 326 avant notre ère, qui parlèrent « du roseau qui donne le miel sans le secours des abeilles ».

Avant cette époque, le miel remplaçait le sucre, et l’on n’ose imaginer ce qu’étaient les gâteaux de ces époques reculées où il n’y avait ni sucre, ni beurre mais seulement de la farine, des oeufs et du fromage blanc.

Les confiseries étaient rares et consistaient surtout en des fruits conservés dans le miel ou le vin ; les compotes macérées au miel, parfumées et bouillies étaient un grand classique de la cuisine médiévale.   Au XVIe siècle, le sucre devint donc un produit plus accessible, moins rare et moins cher, et l’ère des douceurs et des pâtisseries pouvait commencer.

Le Traité des confitures de Nostradamus  détaille les propriétés thérapeutiques de recettes de confitures car il  considérait le sucre comme un médicament et l’utilisait largement dans ses recommandations médicales.

Il utilisait les préparations à base de gingembre, de courges et de racines de buglosse en les faisant ingérer ou en application sur la peau. Nostradamus n’a pas oublié la gastronomie. Il est à la fois un adepte des méthodes anciennes et des produits nouveaux comme le sucre : il nous propose des recettes de confitures au sucre, au miel et au vin cuit.

Tout fut en fait inventé à Venise, centre européen de commerce du sucre : on y faisait déjà des gelées, des confitures, et Nostradamus nous parle en particulier d’une gelée de guignes, «qui est aussi claire et vermeille comme un fin rubis, et de bonté, saveur et vertu excellentes, que les guignes se conserveront longuement en perfection, sans y rien ajouter que le fruit ».

Ses recettes nous paraissent modernes car il limitait le sucre à deux parts pour sept de fruits, ce qui est redevenu à la mode depuis les préceptes contemporains de diététique : cependant, de telles proportions correspondaient sans doute plus à des préceptes d’économie (car le sucre était cher) que de diététique.

À partir de cette époque, les inventions de douceurs se multiplièrent : les fruits confits, d’origine italienne, trouvèrent leur cité d’adoption en France à Apt, en raison de l’abondance des vergers provençaux.

Le nougat se fixa à Montélimar au XVIIe siècle, mais il avait été inventé en Andalousie au XIIe siècle par les confiseurs mozarabes.

La praline fut inventée par Lassagne qui était le chef d’office du duc de Choiseul, comte du Plessis Praslin, qui s’installa à Montargis en 1630 et qui y fit fortune en vendant des pralines, baptisées en l’honneur de son ancien maître, dans sa pâtisserie du Roy.

Le Cotignac, à base de coings, de vin, de miel et d’épices fut créé à la même époque à Brignoles, avant de devenir de nos jours des pâtes de coings présentées dans le Gâtinais et l’Orléanais dans des boites à l’effigie de Jeanne d’Arc.

Les pistoles de Brignole sont par contre de petits pruneaux, apparus au XVIe siècle, comme les pruneaux de Touraine, puis les pruneaux d’Agen crées dans l’abbaye de Clairac.

Quoi qu’il en soit, Michel de Nostredame gagna les faveurs de Catherine de Médicis qui l’invita à sa cour,    la Reine, qui était aussi une grande mangeuse, faillit mourir d’indigestion en 1577 lors de la nuit de Chenonceceaux, ayant abusé de béatilles (ris d’agneaux).

Tout porte à croire que Catherine de Médicis fut autant séduite par les confitures de Michel de Nostredame, que par les qualités médicales ou surtout les prophéties de Nostradamus !

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