Une vision d’espérance enracinée dans l’expérience pascale

Saint Jean-Vianney

À l’occasion de la mémoire de Saint Jean-Vianney le 4 août, le Père Laurent Berthout, délégué épiscopal à l’information du diocèse de Bayeux-Lisieux et curé de la paroisse Sainte-Trinité de Caen, témoigne de la façon dont les prêtres ont traversé l’année 2020 et ses turpitudes. Avec quelques mois de recul sur le confinement, que pouvons-nous dire de ce qui reste de la figure du pasteur lorsqu’il n’est pas au milieu des brebis ?

 

Le 4 août, nous faisons mémoire de Saint Jean-Marie Vianney, le saint curé d’Ars, saint patron des prêtres du monde. Il est notre modèle pour que nous soyons toujours plus ajustés dans notre ministère au don de la grâce reçue à notre ordination. Il nous rappelle qu’« un bon pasteur, un pasteur selon le cœur de Dieu, c’est là le plus grand trésor que le bon Dieu puisse accorder à une paroisse, et un des plus précieux don de la miséricorde divine. »

Monseigneur Dupleix résuma ainsi son charisme : « Il accomplit son ministère d’une manière admirable par sa prédication, sa prière continue et son exemple de pénitence. Chaque jour, il catéchisait enfants et adultes, réconciliait les pénitents, et une telle charité, puisée dans la sainte Eucharistie comme à sa source, resplendissait en lui qu’on venait de loin rechercher ses conseils, et qu’il conduisit à Dieu, avec sagesse, un grand nombre de personnes. » Au cœur de la crise sanitaire que nous connaissons depuis le mois de mars, le saint curé nous rappelle que Dieu est là.

Reprenant les mots de Mgr de Moulins-Beaufort dans son discours à l’occasion du 4ème anniversaire de la mort du Père Hamel, pouvons-nous dire que la période a mis en lumière des « saints prêtres », des prêtres qui ont continué à faire Église, qu’elle soit confinée ou déconfinée, domestique ou en assemblée ?

Si la rupture physique avec les fidèles et l’ensemble de la société a été brutale, elle a rapidement libéré les initiatives. Pour plusieurs d’entre nous, il a d’abord été important de témoigner de la présence réelle du Christ pendant la crise par des bénédictions du saint Sacrement au cœur de nos villes ou de nos villages, puis de garder un lien avec les paroissiens avec les moyens numériques d’aujourd’hui : mails, réseaux sociaux, ou encore avec le téléphone.

Des messes ont pu être retransmises sur YouTube, ou sur les radios ou télévisions publiques et catholiques. Elles ont été bien suivies par les fidèles et nos prêtres aînés qui concélébraient avec nous depuis leur bureau. Des temps de prière quotidiens ou hebdomadaires autour de la Parole de Dieu ont continué à nourrir la vie spirituelle de chacun. Ce temps de solitude a été l’occasion pour nous prêtres de restructurer notre vie quotidienne autour de la Liturgie des Heures, la messe et la lecture. Là où un prêtre prie ou célèbre, même seul, il le fait au nom de tous et pour tous. En sa personne la communauté perdure puisqu’il en est le pasteur. Il en garde toujours le souci et continue à l’animer. Ce lien n’a pas été rompu.

Le pasteur n’est pas seul, il est autant celui qui guide son peuple, configuré au Christ, que le frère avec ses frères croyants. C’est tout le peuple de Dieu qui a continué à rendre présent le Christ. La sainteté du prêtre fidèle au poste, c’est aussi la fidélité de chaque croyant à sa mission. Les initiatives des prêtres, celles des fidèles laïcs ont été prises ensemble et se sont fécondées mutuellement. En ce sens, nos communautés se sont même fortifiées, en tout cas avec ceux qui étaient déjà engagés.

Cette période nous a rappelé toute l’importance de ce qu’est l’Église comme corps vivant du Christ et nous a permis de vivre un manque, un manque de présence et de contact.

Le virtuel ne suffit pas à constituer une communauté. Nous avons besoin du présentiel, d’où cette légitime impatience de reprendre le chemin de nos églises et de renouer avec les rencontres. Nous devons le vivre dans le respect des règles sanitaires. Nous pouvons même arriver à faire du gel hydroalcoolique un geste fraternel.  Au-dessus des masques, les yeux continuent à exprimer nos états d’âme.  Là où des initiatives spirituelles, catéchétiques ont pu être prises avec les moyens numériques pour se nourrir mutuellement, là ou des prêtres ont pu garder le contact avec les fidèles, les communautés se sont vite retrouvées avec joie.

Nous avons aimé rêver d’un monde d’après. Mais celui-ci prendra du temps à se révéler. Et il se construit avec le principe de réalité, les peurs et les souffrances d’aujourd’hui.

Louis et Zélie MartinLe responsable du centre spirituel Saint Pierre de Caen a beaucoup accueilli de jeunes autour de la solennité de Pentecôte pour vivre le sacrement du pardon qui n’avait pas pu être célébré à l’occasion de Pâques. Avec le recteur du sanctuaire de Lisieux, il constate l’importance de témoigner de l’espérance et de la miséricorde du Seigneur au moment même ou la crise sanitaire continue. La pastorale du sanctuaire thérésien s’est adaptée à ce besoin d’écoute et de réconfort. Le témoignage concret de la miséricorde divine à l’école de Sainte Thérèse et de ses saint parents, Louis et Zélie Martin est devenu la priorité.

Comme pasteurs, nous sommes invités à continuer à accompagner le Peuple de Dieu dans sa traversée d’une certaine forme de désert en rassurant, en fortifiant, en nourrissant les fidèles sans perdre de vue l’horizon missionnaire et sans oublier les plus pauvres, victimes de la crise économique. Nous sommes invités à témoigner d’une vision d’espérance enracinée dans l’expérience pascale. Dieu est toujours avec nous, il traverse avec nous. Notre responsabilité pastorale est d’en être le signe et le témoin.

Source

Livres recommandés :
Et Dieu créa les anges

les anges et nos pierres de rêve

À l’occasion de la mémoire de Saint Jean-Vianney le 4 août, le Père Laurent Berthout, témoigne de la façon dont les prêtres et les chrétiens ont traversé l’année 2020 et les confinements

Une vision d’espérance enracinée dans l’expérience pascale