Comment progresser dans la prière

Repères pour construire une vie de prière

Quand prier ? Où ? Combien de temps ?

En ce qui concerne le lieu, l’essentiel est de trouver l’endroit qui favorise pour soi la prière, le recueillement. Mais on ne prie pas seulement dans les chapelles ou dans la chaleur des lieux aménagés. Dieu est avec nous en tout lieu, puisqu’il réside en nous. Si nos journées comportent un temps de prière, même court, il devient peu à peu possible de reprendre conscience de la présence de Dieu, au supermarché ou dans l’ascenseur.

Conseil. Se fixer une durée réaliste et s’y tenir. Ne pas se poser la question de savoir si on a envie ou pas, ce qui change tout car on ne part pas de soi et de ses états d’âme, mais de Dieu, en présence de qui on se tient.

Le corps participe-t-il à la prière ?

Quand j’aime quelqu’un, je lui tends la main, je lui souris et l’embrasse. La prière est du même ordre, car elle est relation. Une relation tout intérieure avec Dieu. Le corps, loin de gêner, aide à prier, à mettre mon coeur en mouvement.

Si j’embrasse l’Évangile avant de commencer à prier, cela met mon corps en disposition. Chacun peut laisser venir de l’intérieur de lui-même les gestes intimes qui mettent en mouvement son coeur. Parfois, il n’est plus besoin de parler. Le corps est prière.

Conseil. Commencer par retrouver le sens de la respiration. En inspirant, j’accueille le don que Dieu me fait de la vie. En expirant, je rends à Dieu ce qu’il m’a donné : le souffle de la vie. Chaque matin au lever et chaque soir au coucher, faire un exercice de respiration profonde, afin d’être au contact de soi, des autres et de Dieu.

Comment entrer en prière ?

La prière est un espace où on se laisse conduire, attiré par Dieu.
Conseil. Privilégier la simplicité des moyens et des gestes. Une icône. Une croix. Une Bible ouverte. Commencer avec un beau signe de croix. Chacun porte aussi en lui des paroles, comme « Me voici Seigneur, je suis là ».

Faut-il parler pour prier ?

Laisser la prière devenir oraison c’est accepter de se taire, laisser le silence s’établir en nous dans l’oubli de nous-mêmes pour nous concentrer sur les paroles de Jésus et laisser l’Esprit les graver dans nos coeurs jusqu’à ce qu’elles y portent des fruits de foi, d’espérance et de charité.

Ensuite peut-être parler en des mots brefs et simples, en serviteur et en ami, pour dire « Que veux-tu que je fasse ? » L’oraison, comme toute rencontre d’amitié, prend des tonalités différentes selon les jours.
Conseil. Le silence ouvre la capacité à recevoir Dieu, en commençant par abandonner entre ses mains ce que nous sommes, avec nos faiblesses, nos névroses.

Comment nourrir sa prière

Le recours régulier à l’Écriture est indispensable pour apprendre à connaître celui à la rencontre de qui l’on va et chercher à donner corps à sa Parole. À la suite des Pères du désert, les moines pratiquent dans la solitude une lecture priante de la Bible (lectio divina) qui est le pendant de la prière des heures, prière communautaire qui rythme la journée. Cette pratique peut être reprise par tous les chrétiens, en l’adaptant.
Conseil. L’Écriture est une petite goutte qui perce la pierre. Lire un passage biblique, sans chercher trop à l’analyser. Choisir un mot, celui qui interpelle, l’écouter, le réécouter pour laisser résonner la parole de Dieu. Même un quart d’heure chaque jour.

Existe-t-il des méthodes pour guider la prière?

Apprendre à prier, c’est apprendre à exprimer son désir de Dieu en présence de Dieu. La liturgie commune est le lieu fondamental de cet apprentissage. Elle s’articule avec la prière solitaire, personnelle, dans laquelle le chrétien se tient en présence du Père « qui est là dans le secret » (Mt 6,6).

Des écoles spirituelles, des méthodes, se sont développées au cours des siècles pour encourager, guider, évangéliser cette prière. Chacune correspond à l’expérience d’un homme ou d’une femme.

Ignace de Loyola, par exemple, propose une pédagogie de la prière, fruit de l’expérience qui l’a conduit à discerner l’action de l’Esprit de Dieu en lui, qu’il a transmise dans ses Exercices spirituels. Ces écoles peuvent être nécessaires pour se mettre en chemin, aller plus loin, persévérer, apprendre à se laisser transformer.

Conseil. C’est à chacun de trouver sa voie, celle qui lui convient. Commencer par regarder ce qui est proposé près de chez soi, dans sa vie de tous les jours, écouter les conseils de ses proches, aller voir, expérimenter.

Réciter une prière, est-ce prier?

La tradition chrétienne offre de nombreuses prières. Le Notre Père, enseigné par Jésus à ses disciples, tient une place privilégiée. D’autres possèdent une référence évangélique, comme le Je vous salue Marie ou le Magnificat, ou tiennent une place importante dans la tradition de l’Église comme le Symbole des apôtres ou le Gloire à Dieu. On peut aussi méditer les mystères du rosaire, ou reprendre la Prière du coeur « Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur ».

Le risque c’est de réciter machinalement, du bout des lèvres, sans être animé par le désir d’être uni au Christ. La prière du coeur a par exemple été mise au point par les Pères orientaux pour éloigner le flot des pensées, faire le vide et libérer un espace de silence intérieur afin que le Christ habite toujours plus notre personnalité.

Conseil. Pratiquer l’une ou l’autre de ces prières avec un groupe de priants évite une récitation mécanique. La prière en groupe est un soutien et une expérience de communion.

Qui prier : le Père, le Fils, le Saint Esprit?

Les premiers disciples priaient le Dieu de leurs Pères mais il est devenu pour eux le Père de Jésus, Celui que Jésus a aimé et fait connaître comme son Père et notre Père. C’est à Lui que l’on rend grâces en particulier pour le don qu’Il nous a fait en son Fils. En laissant l’Esprit prier en nous, nous communions à l’amour de Jésus pour le Père. C’est pourquoi la prière chrétienne s’adresse au Père, par le Fils, dans l’Esprit.

Notre prière peut partir du Fils, de la méditation de ses paroles, de la contemplation de ses gestes, elle nous conduit nécessairement au Père. Réciproquement, nous ne pouvons pas prier le Père sans revêtir les sentiments qui furent ceux de Jésus et vivre de son Esprit. La prière nous introduit dans le mouvement qui lie le Père, le fils et l’Esprit, dans leur communion. Nous ne prions pas Marie ou les saints comme nous prions le Père. Nous leur demandons : Priez pour nous, et non pas : Exauce-nous.

Conseil. Dans la communion des saints, nous rejoignons la prière de Marie pour les hommes dont elle est devenue mère au pied de la croix. Nous lui faisons confiance car elle est dans notre humanité celle qui est associée d’une manière unique à l’oeuvre de la Trinité. Et nous associons les saints à notre prière parce que nous croyons qu’ils participent avec nous aux soucis du Royaume.

Que faire lorsque l’on n’arrive plus à prier?

À l’époque moderne, l’ennui, le dégoût viennent souvent du côté réglementaire et obligatoire de la prière, d’un sentimentalisme ambigu, d’un dogmatisme devenu stérilisant. Certains continuent coûte que coûte. C’est peut-être la prière la plus pure, car c’est l’acceptation que la relation soit nue, sans rien qui satisfasse.
Mais ce vouloir croire ne doit pas devenir une obstination vide de sens. Prier, c’est être avec Dieu dans une relation vivante où Dieu est Dieu. Où Dieu est Don et aime vraiment l’homme. François de Sales invitait Jeanne de Chantal à « quitter Dieu pour Dieu ». La contemplation, disait-il aussi, doit se faire « avec plaisir ».

Alors, puisqu’il s’agit d’être avec Dieu, je peux me demander quelle prière me ferait plaisir : lire le commentaire d’un texte biblique avec un désir fort de vérité ? écouter La Passion de Jean Sébastien Bach ? En tout, je peux me tourner vers celui qui m’est insaisissable. »

Conseil. Quand vous ne savez plus prier, faites ce qui vous convient sans juger le chemin choisi par d’autres. En n’oubliant pas quelque chose de très concret, ce qu’annonce Jean en sa première épître (4-12). Dieu est cet Inconnu, par-dessus le gouffre de l’absence, qui s’éveille en nos coeurs et nos mains lorsque nous nous faisons proches du prochain.


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