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Les « pardons » : un moment où l’Église fait voir et entendre ses rites et ses prières

Petites et plus grandes, en bord de mer ou sur une colline, en forêt ou dans les terres, les nombreuses assemblées de pardons font vivre une expérience diversifiée d’Eglise aux participants : fraternité, retour aux sources, convivialité, liturgie, rites de dévotion, fête, rencontres…Si le diocèse de Quimper et Léon n’a pas de grand sanctuaires, il a ses pardons, dont le père Yves Laurent est le responsable pastoral. 600 ont été recensés en 2019, dont 400 dans ou autour des chapelles. En 2020, les mesures sanitaires ont obligé à réduire la voilure en nombre et en contenu. Le père Yves Laurent nous rappelle quelle est aujourd’hui l’importance pastorale donnée aux pardons bretons et comment ils participent à la spiritualité des diocèses.

Le diocèse comporte un nombre impressionnant d’églises et de chapelles[1] qui sont autant de petits sanctuaires de grande valeur symbolique. Les pardons sont des événements forts pour l’annonce de la Bonne Nouvelle de la joie de l’Evangile. Ils permettent une visibilité festive de la foi, et incontestablement une ouverture, un accueil de participants bien plus large et plus diversifié que les assemblées dominicales. Ils offrent une approche du trésor de la foi à bien des personnes en recherche, en attente d’un signe de l’amour miséricordieux de Dieu qui donne et pardonne. Les pardons entretiennent leur enracinement dans la culture du pays et usent volontiers de la langue bretonne. C’est un bel héritage de tradition croyante, chrétienne à recevoir, à entretenir, et toujours à redéployer !

Toutefois, un pardon c’est, au départ, certes une tradition, mais très concrètement une ou des équipe(s) d’acteurs qui le portent en sa préparation et son animation. Jusqu’encore les dernières décennies du siècle écoulé, ce sont les plus de 300 « recteurs » ou curés qui avec leurs paroissiens portaient ces pardons. En ces dernières années il en est différemment … Aussi, par souci missionnaire et d’évangélisation, pour soutenir les personnes et les équipes de chrétiens qui y œuvrent,  Mgr Laurent Dognin a fait aboutir des orientations diocésaines pour les pardons, et conjointement a créé une commission diocésaine pour la pastorale des pardons et des sanctuaires.

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D’où viennent les pardons ?
En citant le P. Michel Scouarnec qui a beaucoup œuvré pour ceux-ci, « La réalité des pardons remonte à la nuit des temps. Elle s’enracine dans un terreau préchrétien et probablement druidique, à la conjonction de deux données importantes : l’attachement à certains lieux de culte (sites sacrés, fontaines, rochers…), et la réalité socioreligieuse des clans dans la culture celtique. On s’accorde à penser aujourd’hui que les pardons de chapelles, par exemple, ont pour origine les frairies et les assemblées claniques. Le culte qui se déroulait dans les lieux de pardon, considérés comme sacrés, était souvent revêtu d’une dimension votive. On y venait après une épreuve, un vœu d’aller remercier le dieu guérisseur, relayé plus tard en chrétienté par un saint guérisseur ou une sainte guérisseuse ». Cette réalité typiquement bretonne sera appelée « pardon » à partir du Moyen Age. Il ne sera plus seulement question d’une guérison corporelle, mais de guérison spirituelle à chercher. L’octroi des indulgences dès le jubilé de 1300 concrétisera cette notion de pardon. La dimension pénitentielle et sacramentelle du pardon et de la réconciliation s’est effacée pour des raisons diverses, et se déploie quelque peu dans des pardons des cinq sanctuaires diocésains.

Mesurons-le aussi, le mot pardon est un terme générique quasi-synonyme de fête religieuse ou de grandes assemblées. Et il couvre des réalités multiples : des pardons sont « diocésains », déployé sur au moins 2 jours ; d’autres sont des pardons « de pays » (territoire de nos anciens clans) ; et une majorité de pardons « de chapelles », à dimension de frairies.  Ils sont une des belles facettes de notre église diocésaine.

Ainsi, les orientations diocésaines pour les pardons sont à visée pastorale. A l’inverse d’un entretien de traditions plus ou moins folklorisées, il s’agit plutôt d’action pastorale pour vivre l’Evangile et le proposer. En effet, en faisant court, un pardon c’est « la messe dehors », un moment où l’Eglise s’expose, célèbre sa foi à découvert, fait voir et entendre ses rites et ses prières, en y invitant toutes sortes de personnes. Et le pardon c’est bien plus que la messe : une procession déployée avec croix, bannières, statues, parfois en costumes de pays ; une bénédiction à la fontaine ; le rosaire récité devant une statue ; la possibilité de faire briller des cierges allumés ; ou simplement processionner autour de la chapelle en priant ; mais c’est encore un lieu, un site de tradition immémoriale, attachés à un saint, une sainte que l’on vénère ; et avouons-le, à distance d’une foi très cérébrale, ce sont aussi des émotions de communion au mystère de la foi … autant d’éléments de manifestation de piété populaire parmi lesquels chacun reçoit et prend ce qui le nourrit. En tous ces gestes quelque chose du rayonnement du Christ se délivre pour chacune, chacun, petits et grands, par les pieds, par les mains, par les yeux, par les oreilles, par le cœur. Le pardon est un événement populaire ! Il se vit avec l’assurance de voir y venir des personnes peu ou non habituées à l’assemblée chrétienne du dimanche, et auxquelles il faut être attentifs et accueillants : voisins du site, familles regroupées à l’occasion du pardon, vacanciers, « fidèles » du site, membres des associations impliquées dans l’organisation du pardon qui ne sont pas forcément d’église, pèlerins des pardons, etc. Un pardon c’est encore un moment où l’équipe porteuse aura eu à collaborer en amont avec d’autres partenaires : membres d’associations patrimoniales ou culturelles, de la municipalité propriétaire de l’édifice, des instances d’informations et communication, parfois de commerçants …

L’apport des pardons à l’évangélisation ou à la vie missionnaire est important, et le diocèse souhaite soutenir leur maintien autant que possible. Avec plusieurs défis: le maintien du pardon par le renouvellement des équipes de pardons, et la diversification de l’offre spirituelle et liturgique, et plus largement le déploiement de la vie dans les chapelles et leur ouverture. Pour cela une action concertée à plusieurs niveaux est envisagée. Une concertation paroissiale pour mieux impliquer les pardons dans le projet pastoral est nécessaire maintenant que les paroisses sont peu nombreuses. La liturgie et les rites auront à être pratiqués différemment du fait de la raréfaction des prêtres pour l’eucharistie. Des concertations formations et paroissiales et de pays et diocésaine sont envisagées pour favoriser une dynamique d’évangélisation.

Par delà la dimension technique et organisationnelle, les pardons prennent bien leur place, dans le contexte de sécularisation, de service de l’annonce de l’Evangile et de la proposition de la foi. En citant La joie de l’Evangile, « Le fait de marcher ensemble vers les sanctuaires, de participer à d’autres manifestations de piété populaire, en amenant les enfants, en y invitant d’autres personnes, est en soi-même un geste évangélisateur par lequel le peuple chrétien s’évangélise lui-même et accomplit la vocation missionnaire de l’Eglise ». Puissent les orientations diocésaines aider les diocésains à l’inventivité pour chercher, susciter, solliciter de nouveaux acteurs pour faire vivre ces pardons, car beaucoup de personnes y trouvent un lieu de convivialité, fraternité et de ressourcement dans la foi.

[1] Environ 350 églises, 850 chapelles affectées au culte. 5 sanctuaires territorialement répartis, ont un statut diocésain.

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